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Les Canadiens sont-ils prêts à laisser tomber le PIB comme principal indicateur de prospérité ?


En 1968, Robert F. Kennedy, alors candidat à la présidence des États-Unis, a déclaré dans un discours célèbre que le produit intérieur brut (PIB) « mesure tout… sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. »

Plus de 50 ans sont passés depuis ce discours, et même si plusieurs experts ont souligné les limites du PIB en tant qu’indicateur du bien-être humain, la plupart des pays et des politiciens considèrent toujours la croissance du PIB comme le principal indicateur du progrès.

Les choses sont peut-être en train de changer.

Selon des informations récentes, le gouvernement canadien réfléchirait à l’idée de présenter un budget centré sur de nouveaux indicateurs de progrès comme le bonheur et le bien-être.

La vice-première ministre Chrystia Freeland s’exprime lors d’une conférence de presse à Toronto, le lundi 31 août 2020. Son prochain budget remettra-t-il en question la notion de PIB?
LA PRESSE CANADIENNE/Cole Burston

Si les libéraux fédéraux se tournent effectivement vers ces nouveaux indicateurs, cela constituerait un changement de cap par rapport aux budgets précédents qui mettaient fortement l’accent sur les mesures économiques traditionnelles, telles que la croissance du PIB, pour calculer le progrès du Canada.

Le PIB, utilisé depuis 1940

La croissance économique est l’augmentation de la valeur du marché rajustée en fonction de l’inflation des biens et des services produits dans une économie, et on la mesure par le pourcentage d’augmentation du PIB. Le PIB, dont on se sert comme indicateur depuis les années 1940, reflète la taille de l’économie.

Pour la plupart des pays, la croissance du PIB est le principal objectif politique, car elle est souvent associée au progrès social et au bien-être. Mais certains experts critiquent depuis longtemps l’obsession de la croissance économique et proposent l’utilisation d’autres indicateurs pour mieux représenter l’amélioration de la société. La plupart des pays se montrent réticents à utiliser de nouveaux indicateurs, en partie parce qu’ils sont perçus comme subjectifs et difficiles à mesurer.

Mettre l’accent sur le bonheur et le bien-être constituerait un changement dans le contexte canadien, mais de nouveaux indicateurs de progrès ont déjà été proposés dans d’autres pays, tels que la Nouvelle-Zélande, la Finlande et le Bhoutan. Même l’initiative « Au-delà du PIB » de la Commission européenne explore des indicateurs qui rendent mieux compte des données environnementales et sociales.

Le gouvernement canadien semble vouloir aller dans cette direction. Mais les Canadiens sont-ils favorables à un tel changement ?

Ce qu’on en pense au Canada

Une étude évaluée par des pairs et dirigée par la principale auteure de cet article examine la perception des Canadiens de ce sujet. L’étude a cherché à déterminer si les Canadiens pensent que la croissance économique mesurée par le PIB est le meilleur indicateur du progrès et de la prospérité.

Les résultats montrent que près de 43 pour cent des Canadiens interrogés sont disposés à appuyer un politicien qui ne ferait pas de la croissance économique son principal objectif politique.

Le soutien varie d’une province à l’autre : il est de 38 pour cent en Alberta, de 41 pour cent en Ontario, de 46 pour cent en Colombie-Britannique et de 48 pour cent au Québec.

En outre, la moitié des participants considèrent qu’on peut avoir une bonne vie sans une croissance économique continue, tandis que 26 pour cent des répondants sont indécis et que 21 pour cent se disent en désaccord avec cette idée.

Des conteneurs au terminal de Fairview Cove, à Halifax, en août 2017. Les Canadiens estiment que le progrès est possible sans une croissance économique continue.
La Presse Canadienne/Andrew Vaughan

Ces résultats révèlent que de nombreux Canadiens sont ouverts à ce qu’on utilise des indicateurs de progrès autres que la croissance du PIB, ce qui appuierait le plan du gouvernement fédéral d’axer ses politiques davantage sur le bonheur et le bien-être.

De plus, 56 pour cent des personnes interrogées ont déclaré que le Canada ne devrait pas chercher à faire croître son économie si cela entraînait des conséquences négatives importantes, telles que la dégradation de l’environnement. L’étude a été réalisée au moyen d’un sondage en ligne auprès d’un échantillon de plus de 1000 Canadiens de différents groupes d’âge, catégories de revenus et affiliations politiques.

Les Canadiens veulent qu’on protège l’environnement

Les résultats de l’étude sont conformes à ceux d’autres sondages qui ont montré que de 60 pour cent à 88 pour cent des gens donnent priorité à la protection de l’environnement même si cela devait ralentir la croissance, ce qui illustre l’importance que les Canadiens accordent à des objectifs non économiques.

Les participants à cette étude évaluée par les pairs ont indiqué un niveau potentiellement élevé de soutien à des idées post-croissance. Ainsi, la majorité des répondants appuie l’abandon d’un modèle économique axé sur la consommation.

Pas moins de 65 pour cent des personnes interrogées sont d’accord avec l’idée d’évoluer vers un système économique prônant une consommation réduite, et plus de 80 % d’entre elles sont d’accord pour dire que, compte tenu des ressources naturelles limitées, les gens devraient trouver des moyens d’améliorer leur qualité de vie tout en réduisant leur consommation globale.

Les Canadiens considèrent qu’on peut améliorer sa qualité de vie tout en diminuant sa consommation.
(Austin Schmid/Unsplash)

Bien que certains critiquent le recours à de nouveaux indicateurs de progrès en raison des difficultés à les mesurer, l’étude recommande que les gouvernements répondent aux demandes de leurs citoyens en utilisant des indicateurs du bien-être économique plus complets.

Mesurer le bien-être et le bonheur

Ces résultats remettent en question le supposé consensus sur la nécessité de la croissance du PIB en montrant que les Canadiens ont des opinions diverses sur le sujet.

Une proportion importante des gens semble ouverte à ce qu’on évalue des indicateurs de progrès qui tiennent davantage compte du bien-être et du bonheur que de l’augmentation de la consommation.

Avec une crise climatique qui s’aggrave, un appauvrissement sans précédent de la biodiversité et des inégalités généralisées, il est bon de se rappeler les paroles de Robert F. Kennedy et de se demander si une croissance indéfinie du PIB apportera une prospérité véritable et durable.

Le moment est peut-être venu de viser des objectifs plus louables puisque de nombreux Canadiens sont prêts à appuyer un tel changement.



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